Par Jean-Pierre SCHAEKEN WILLEMAERS, ancien membre du comité exécutif de Tractebel Engineering, ancien vice-président executif de Suez Tractebel EGI (Electricity and Gas International), membre de l’Advisory Board de l’Institut Thomas More | Tribune N°35 | Disponible en anglais
La part croissante des énergies renouvelables dans la production d’électricité de l’Union Européenne requérant de plus en plus de centrales alimentées au gaz pour compenser la production intermittente d’électricité, le remplacement des centrales au charbon, le transfert partiel du secteur énergétique européen du nucléaire vers le gaz (en conséquence de la catastrophe de Fukushima de 2011 au Japon), la réduction attendue des projets de constructions d’usines nucléaires (qui seront partiellement compensées par la production de centrale au gaz à cycle combiné), et le taux de pénétration du gaz naturel dans le transport routier (bien qu’à un rythme lent pour le moment), vont mener à l’augmentation de la consommation annuelle de gaz.
Il y a quelques années, un changement dans les règles du jeu est apparu : l’exploitation du gaz non-conventionnel. Le développement de ce gaz est en train de bouleverser le marché. Ces réserves sont considérables et bien distribuées à travers le monde, avec les plus gros gisements en Chine, aux États-Unis et en Argentine, bien que les volumes estimés soient encore incertains.
Le gaz non conventionnel pourrait être la clé pour accroître le rôle, sur le long terme, du gaz dans le mix mondial. La révolution du gaz non-conventionnel a déjà remodelé le marché aux États Unis et affecté durablement le marché mondial. Les émissions totales de CO2 provenant des productions ne sont que légèrement plus élevées que pour le gaz conventionnel.
Cependant, en Europe, en raison des structures géologiques plus complexe et plus profondes, des législations environnementales plus strictes et un niveau plus haut de la densité de population, il est plus coûteux d’exploiter le gaz de schiste qu’aux États Unis. La question est donc : Le développement du gaz de schiste pourrait-il être bloqué à cause de préoccupations environnementales ? Les effets les plus nocifs de la production de gaz de schiste tels que les nuisances visuelles, la contamination des eaux souterraines, le rejet de méthane incontrôlé, la consommation d’eau ou les risques de séismes sont-ils de réels problèmes ?
L’expérience montre que les effets indirectes peuvent être maîtrisés grâce aux technologies existantes, à un certain coût bien sûre, mais sans affecter la rentabilité des projets à tel point que les investissements sont découragés. Si les producteurs de gaz veulent voir apparaître un nouvel âge d’or du gaz, ils doivent appliquer des règles d’or en matière de technologies d’extraction.
La dépendance de l’Union européenne va empirer si le gaz non-conventionnel n'entre pas dans la donne énergétique. A cet égard, il est regrettable que la plupart des gouvernements européens aient décidé de suspendre l’exploitation de gaz non conventionnel, à l'exception notable de la Pologne.
D’autre part, les diminutions des prix spot déstabilisent de plus en plus les contrats à long termes qui dominaient traditionnellement le marché. En particulier, le National Balancing Point britannique est devenu une alternative attractive aux contrats indexés sur le prix du pétrole. Dans ce contexte, l’approche contractuelle de Gazprom est difficilement soutenable en Europe. Cette nouvelle situation conduit à renégocier les prix indexés sur le pétrole dans les contrats à long terme en faveur d’une tarification gaz-gaz ou d’une autre forme de tarification plus proche de la réalité du marché.
C’est le cas de plusieurs de compagnies gazières européennes, certaines d’entre elles ayant engagé un procès contre Gazprom pour réviser les termes de leur contrat d’achat de gaz, et en particulier la clause d’indexation au pétrole. Cependant, même si les prix du gaz sont à la baisse sur les bourses européennes, les contrats de long terme ne devraient pas complètement disparaitre à l'avenir. La demande mondiale va continuer à augmenter et les contrats de long terme garantiront la sécurité d’approvisionnement. De la même manière, il est peu probable que le lien entre prix du gaz et prix du pétrole disparaisse complètement.
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