The euro crisis is a threat for the Belgium unity
Tuesday, 6 December, 2011

By Paul GOLDSCHMIDT, former Director at Goldman Sachs International, former director at the European Commission, member of the Advisory Board of the Thomas More Institute. Available in French.

On aurait évidemment tort de bouder son plaisir suite à la résolution de la crise politique dont la Belgique sort enfin un an et demi après les dernières élections. S’il est justifié de tresser des couronnes de lauriers au futur Premier Ministre et à l’ensemble des négociateurs pour avoir eu le courage de réaliser un compromis « historique », il suffit de lire l’article de la Libre Belgique de ce lundi 5 décembre, « Les cinq adversaires de l’équipe Di Rupo », pour se rendre compte de la fragilité de l’accord intervenu.

En effet, si les priorités doivent être la mise en œuvre de la réforme institutionnelle et l’application de l’accord gouvernemental, la menace extérieure créée par la crise bancaire et celle de la dette souveraine des pays de l’Eurozone pourrait rapidement mettre en cause la survie du Gouvernement.

A ce titre, les résultats du sondage d’opinion sur les intentions de vote publiés ce week-end sont particulièrement préoccupants. La prépondérance manifeste, tant au nord qu’au sud du pays, de partis que tout oppose sur le plan idéologique, politique et économique, crée une situation dangereuse. Il serait particulièrement tentant, pour ceux qui se considèrent comme « floués » par l’accord intervenu au niveau fédéral, de profiter du chaos – généralisé au niveau de l’Europe sinon mondial – qui résulterait d’une implosion de l’Union Economique et Monétaire, pour revendiquer et accélérer la partition de la Belgique.

On peut difficilement concevoir de circonstances plus propices à l’avancement des thèses de la NVA qu’un effondrement de l’UEM, même si la Flandre n’échapperait nullement aux conséquences désastreuses qui s’ensuivraient. Pour les « nationaux-populistes » ce serait l’occasion rêvée de capitaliser sur les « peurs », le repli sur soi et le rejet de toute solidarité tant belge qu’européenne. Elle ferait éclater au grand jour la contradiction fondamentale entre les aspirations du nationalisme flamand et les prétentions factices pro-européennes que la NVA affiche.

Le succès d’une vague nationaliste semble d’autant plus assuré, qu’il serait rendu « respectable » par sa reproduction probable dans de nombreux autres pays où des partis, tels le FN en France, les Nouveaux Finlandais, la Ligue du Nord en Italie, le FPÖ en Autriche etc., capitaliseraient sur l’échec de l’UEM/UE face à la crise, rappelant fâcheusement les circonstances qui ont conduit à la seconde guerre mondiale.

C’est pourquoi, dès son baptême du feu au Conseil Européen du 8/9 décembre, le Premier Ministre devra – une fois de plus – exercer ses incontestables talents de négociateur pour rassurer, de concert avec ses collègues, non seulement les marchés financiers mais surtout la grande majorité des citoyens les plus modestes que seule une Union Européenne renforcée peut apporter une solution crédible au maintien des valeurs et des acquis de notre modèle social européen. Les douloureux et inévitables sacrifices à venir (cf. les larmes du Ministre italien des affaires sociales Elsa Fornero) seront incommensurablement moins pénibles que les conséquences d’une implosion de l’Euro, de l’Union Européenne. Les ravages d’une crise économique mondiale à l’issue incertaine se traduiraient par des bouleversements géopolitiques dont les pays européens sortiraient tragiquement affaiblis.

Dans ce contexte, qui échappe très largement à notre contrôle, le maintien de l’unité de la Belgique passe de manière incontournable par une résolution satisfaisante de la crise financière.

 

 

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