For a French-German budgetary convergence: a German point of view
Thursday, 18 August, 2011

By Wolfgang GLOMB, Economist, Former Director of the European Economic and Financial Affairs to the German federal Ministry for Finance, Member of the French-German economic and financial Analysis Council. Integral version of the article published in the french economic newspaper La Tribune, on August 18th, 2011. Available in French.

« Suivre le modèle allemand » est apparemment devenu le leitmotiv du gouvernement français dans la crise de l’endettement en cours. En revanche, la question d’une faillite de la France semble à première vue être absurde. La dette publique française est notée AAA par les agences de notation comme celle de l’Allemagne, la meilleure note qui soit en termes de qualité de la dette. Les écarts de rendement entre les obligations françaises et allemandes sont minimes.

 

Retrouvez la version courte de cet article sur LaTribune.fr.

La Tribune

 

 

 

_________________________________________________

De plus, le Conseil européen des 23 et 24 juin derniers n’a pas abordé le sujet de la situation budgétaire française. Les dirigeants européens se sont contentés de réaffirmer leur stratégie de garantie de la stabilité financière de la zone euro, en ajoutant des dettes aux dettes des Etats déjà surendettés. Il ne faut pas être Prix Nobel d'économie pour comprendre qu'une stratégie consistant à combattre le feu avec de l’essence ne peut pas représenter une solution très soutenable... A tout le moins, les contribuables des pays créanciers ont commencé à ressentir des doutes sur cette stratégie inefficace lors de l’octroi d’un deuxième prêt gigantesque de 120 milliards d'euros à la Grèce après l’échec du premier plan d’aide de 110 milliards l’année dernière.

Néanmoins, la France a bien raison de se préoccuper de ses finances publiques. La situation budgétaire commence à devenir inquiétante, en particulier en la comparant avec les chiffres de Allemagne. On ne peut plus exclure que les agences de notation et les marchés financiers viseront tôt ou tard la France comme d’autres pays membres de l’UE déjà surendettés. Déjà en 2005, aux vues de du vieillissement démographique et du rapport entre le nombre d'actifs et le nombre d'inactifs, Standard & Poor’s menaçait la France d'une dégradation de sa note si le gouvernement continuait à ne pas vouloir réformer sérieusement sa politique budgétaire. Selon les calculs récents de la Commission européenne, la France affiche pour 2011 un taux de dépenses publiques de 56% du PIB, dix points de plus que l’Allemagne et bien supérieur aux chiffres de tous les autres pays de l’UE. Plus que la moitié du PIB est absorbée par l’Etat. Les recettes d’Etat atteindront 50% du PIB par rapport à 43% en Allemagne. A ce niveau là, une solution pour redresser le déficit budgétaire de 6% du PIB en 2011 – en Allemagne 2% - ne peut être trouvée que dans le champ des dépenses. Le déficit de 6% est basé sur une croissance économique de 2%. La Commission européenne vient d’estimer un ralentissement de la croissance à 1,8%. Le besoin urgent d’agir dans le champ de la baisse de la dépense pour s’aligner à l’Allemagne est évident, plus encore quand la Banque centrale européenne prévoit une montée de la dette publique en France à 95% du PIB l’an prochain et un recul à 75% du PIB en Allemagne.

Mais c'est un autre front que le Président Sarkozy et son gouvernement ont décidé d'attaquer, sans doute assez insignifiant pour l’assainissement des finances publiques : celui de l'harmonisation fiscale entre les deux pays. En effet, on peut se demander si une convergence fiscale est indispensable pour un espace monétaire stable. Il est bien connu que d’autres Etats fédéraux avec une monnaie commune comme les Etats-Unis ou la Suisse se permettent une divergence fiscale et même, comme dans le cas suisse, une concurrence fiscale entre les cantons sans mettre en péril la stabilité de leur monnaie.

Non résolument, ce qui est urgent, c’est une convergence budgétaire entre la France et l’Allemagne, une convergence sur le front des dépenses. Le solde budgétaire primaire, qui se définit comme le solde budgétaire net des paiements d’intérêts, est une clé déterminante de la dynamique de la dette publique. Sa stabilisation et son abaissement nécessitent un excédent primaire suffisamment important dans l’hypothèse classique que le taux d’intérêt nominal sur l’encours de la dette est supérieure au taux de croissance nominal. Selon les calculs récents de la Commission européenne, la France affiche pour cette année un solde négatif de 3% du PIB et de 2,5 %en 2012 tandis qu’il est inférieur, voire positif en Italie, au Portugal et même en Grèce, et également en Allemagne. La conséquence d’un solde négatif est que les intérêts sur la dette publique sont financés par des nouvelles dettes et les recettes d’Etat restent insuffisantes pour payer la totalité des dépenses courantes. Même corrigé du cycle, c'est-à-dire dans une situation économique où la croissance réelle correspond à la croissance potentielle, le solde primaire en France reste négatif tandis qu’il est largement positif en Italie, au Portugal, en Grèce et en Allemagne, ce qui déploie le déficit structurel élevé de 4% du PIB des finances publiques en France.

Il devient alors évident que la soutenabilité budgétaire ne peut pas être assurée en France sans un changement de politique budgétaire radical.

Stabilisation et abaissement du ratio de la dette publique sont des objectifs réalistes, comme cela a été prouvé par maints États membres de l’UE. Selon les calculs de la BCE, c’est par exemple la Belgique qui a affiché un excédent primaire moyen de 5,4% durant 11 ans et le Danemark de 5,3% pendant vingt-six ans. Cela implique des politiques budgétaires saines année après année, une politique de longue haleine et un large soutien du côté de la population. De plus, quelques caractéristiques de la dette publique française soulignent le besoin d’une politique de consolidation budgétaire crédible. Les deux tiers de cette dette sont détenus par des prêteurs étrangers, 50% dans le cas allemand. La France peut devenir plus vulnérable quand les détenteurs non-résidents commencent à perdre confiance dans la réputation de l’Etat français. De plus, la dette publique française est surtout une dette à court terme pour laquelle les taux sont certes moins élevés, mais d’une plus grande volatilité. En France, la part de la dette publique arrivant à échéance dans un délai d’un an est passée de 22% en 2007 à 30% en 2009, en Allemagne de 20% à 22%. Une augmentation des taux directeurs par la BCE risque de mettre en marche un cercle vicieux affectant le service de la dette publique et par la suite le déficit budgétaire publique.

Ce n’est pas à l’Allemagne de donner des conseils au gouvernement français et de dire dans quels domaines il devrait commencer à baisser les dépenses. La réponse existe déjà en France dans une étude récente de l’Institut Thomas More. C’est par contre à l’Allemagne d’appeler la France à poursuivre rigoureusement une politique d’assainissement de ses finances publiques. Si l’on veut que les deux pays continuent à jouer le moteur de l’intégration européenne, l’Allemagne a besoin d’un partenaire solvable. C’est au couple franco-allemand d’assumer une plus grande responsabilité pour l’Europe que par le passé. Si les agences de notations et les marchés financiers commencent à s’inquiéter de la stabilité des finances publiques en France, les nouveaux dispositifs de soutien financier risquent de devenir obsolètes, étant donné que l’Allemagne ne sera ni prête ni en mesure de remplacer la France comme acteur financier majeur ni de jouer le rôle de « maître payeur » pour toute l’Europe. En fin de compte l’existence même de l’Union monétaire européenne sera mise en péril. Il faut finalement admettre que personne ne connaît l’avenir et dire comme Mark Twain : « Il faut être très prudent avec des prévisions surtout si elles concernent l’avenir ».

 

 

Retrouver la version courte de cet article sur LaTribune.fr.


 



   Bookmark and Share