Coopération régionale | Le Maghreb a-t-il le choix ?
Jeudi, 23 Février, 2012

Opinion | Par Antonin TISSERON, Chercheur associé à l’Institut Thomas More, auteur du 2e Rapport sur la sécurité durable au Maghreb | Publié dans Le Figaro du 23 février 2012

Plus d’un an après le début du « printemps arabe », le Maghreb reste fragile, en situation d’équilibre précaire. Les attentes demeurent fortes, en premier lieu chez des jeunes qui ne trouvent pas d’emploi ou sans rapport avec leurs qualifications. Le chômage est estimé à 30% chez les moins de 25 ans (14% pour l'ensemble de la population). Plus inquiétant, le « printemps arabe » a affecté l’ensemble des économies de la région, quoi qu’à des degrés divers. Si le FMI antici^pe pour le Maroc une croissance de 4,5%, l’économie tunisienne a considérablement souffert de la baisse de tourisme, du départ d’entreprises étrangères en raison des manifestations dans l’intérieur du pays et de l’arrêt des relations économiques avec la Libye.

Devant l’étendue de ces défis économiques et sociaux, l’Union européenne s’est engagée aux côtés de ses partenaires maghrébins. Elle a apporté une assistance dans les domaines politiques et économiques et, le 16 février dernier, le Parlement européen a voté l’accord de libéralisation des produits agricoles et des produits de la pêche entre le Maroc et l’Union européenne. Mais si l’Europe a répondu présent, elle ne pourra vraisemblablement pas aider les États maghrébins à la hauteur de leurs espérances. Or dans ce contexte, l’une des principales pistes de renforcement de la région reste la relance de l’Union du Maghreb arabe (UMA), dont le dossier a été repris par les nouveaux partis arrivés au pouvoir au Maroc et en Tunisie. 

Alors que la frontière entre le Maroc et l’Algérie est fermée depuis 1994, l’UMA n’a en effet pas réellement progressé depuis sa création en 1989. Les échanges intra-maghrébins demeurent faibles même si des progrès ont été réalisés ces dernières années. Les effets du « non-Maghreb » sont pourtant connus. Outre la course à l’armement que se sont livrés le Maroc, l’Algérie et la Libye, le manque à gagner est estimé par les acteurs de la région à 2 points de PIB par an, aussi bien en raison de l’impact des tensions sur les investissements indirects étrangers que des complémentarités inexploitées entre les économies de la région.

L’enjeu de l’intégration est d’autant plus important que l'amélioration économique et sociale est un pré requis pour répondre sereinement au défi de la démocratisation et réduire l’attirance que pourraient représenter les trafics illicites pour des jeunes en mal d’avenir. Sans réduction des inégalités et sans réponse aux attentes des populations, le risque est en effet d’assister au développement de la criminalité, des discours radicaux voire à une relance des processus révolutionnaires. Deuxième facteur d’inquiétude, les groupes terroristes présents dans la région, et tout particulièrement Al Qaeda au Maghreb islamique, cherchent à s’appuyer sur la contestation sans pour autant semble-t-il, pour l’instant, rencontrer de grand succès malgré l’arrestation de douze terroristes dans le sud tunisien le 14 février dernier.

L’établissement d’une coopération intra-maghrébine solide et durable pose cependant la question de la capacité des États à surmonter et à tourner la page de leurs rivalités, à commencer par l’Algérie et le Maroc au sujet du conflit du Sahara occidental. Bien que la région ait tout à gagner à ne pas faire de ce dernier une condition nécessaire à la réouverture de la frontière entre les deux pays et à la relance de l’UMA, la normalisation des relations entre les deux voisins risque de se heurter une nouvelle fois à cet héritage de la décolonisation malgré le plan d’autonomie proposé par Rabat en 2007 dans le cadre de la régionalisation du royaume. Or aujourd’hui, et alors que la guerre avec le Front Polisario a été militairement gagnée par les forces armées marocaines dans les années 1980 et que des cadres du mouvement ont versé dans le trafic de drogue, cette solution reste la plus réaliste pour tenter de résoudre le conflit en conciliant le principe d’intégrité territoriale du Maroc et les aspirations des populations sahraouies, tout en apportant une réponse à la situation humaine dans les camps de Tindouf.

Reste que le chantier économique n’est pas le seul à pouvoir bénéficier d’un rapprochement des États maghrébins. En raison de la montée considérable de l’instabilité dans le Sahara avec l’émergence d’un nouveau groupe terroriste, la circulation d’armes lourdes et la reprise d’une rébellion au nord-Mali, le renforcement de la coopération est aussi une nécessité d’un point de vue sécuritaire. Pour le Maghreb, mais également aussi pour des États européens qui n’ont rien à gagner à voir l’instabilité s’installer sur la rive sud de la Méditerranée.

 

 

 

 

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