Le Comité du patrimoine mondial de l’Unesco a « condamné vigoureusement les actes de destruction des mausolées à Tombouctou » et a appelé « à mettre fin à ces actes répugnants ». Alors que la tension se fait de plus en plus forte dans la ville malienne la communauté internationale s’inquiète et réfléchirait déjà à une possible intervention | Par Antonin TISSERON, chercheur associé à l’Institut Thomas More | Publié sur Atlantico.fr le 11 juillet 2012
Depuis plusieurs jours, les islamistes d'Ansar Dine détruisent le patrimoine cultuel et culturel de Tombouctou, ville classée au patrimoine mondial de l'Unesco en 1988 pour ses mosquées et mausolées. Les motivations de ces actes peuvent répondre à plusieurs logiques : refus du culte des saints, volonté d’éradiquer des croyances locales jugées déviantes, renforcer une autorité sur les populations, tester la motivation de la communauté internationale à intervenir militairement, ou tout simplement défier les Occidentaux et l’Unesco, qui a classé le 28 juin dernier Tombouctou sur la liste du « patrimoine mondial en péril ».
Quels qu’en soient les raisons, ces actes choquent, renforçant le désir d’engagement au Mali demandé par plusieurs États de la région, à commencer par le Niger avec l’appui de la France. Cependant, dans cette dialectique de l’action, la question est moins « faut-il agir ? » que « comment agir ? ». Les conséquences d’une intervention militaire directe dans le nord du Mali doivent en effet être prises en compte. Alors que l’armée malienne est incapable de mener des opérations offensives, l’envoi de contingents par d’autres pays, fussent-ils africains, risque de renforcer les dynamiques conflictuelles et de les étendre dans une région caractérisé par la mobilité des combattants et la fragilité des régimes. Certes, le président guinéen Alpha Condé a affirmé le 3 juillet, devant un journaliste de l’AFP, que l’objectif d’une intervention serait de combattre les groupes terroristes et non le MNLA. Mais dans le même temps, il a annoncé que seul un « gouvernement d’union nationale » au Mali aurait « la légitimité pour demander l’intervention d’une force africaine" » dans le Nord. Or un tel gouvernement est aujourd’hui refusé par les indépendantistes touaregs et, dans ce contexte, les militaires africains apparaitraient comme les appuis d’un pouvoir rejeté dont la mission serait avant tout de préserver l’intégrité territoriale malienne.
Il n’y a pas à proprement parler de bonne solution dans le contexte de la crise malienne, mais il y a des solutions qui peuvent être pires que d’autres. À cet égard, les propos tenus le 29 juin lors d’une audition devant le Congrès par Johnnie Carson, le secrétaire d'État américain adjoint chargé des questions africaines, peuvent sembler pleins de bon sens. Tout en apportant son appui à la Cédéao dans son projet d'envoyer une force militaire au Mali, il a argué que ce contingent devait s'efforcer de stabiliser le Sud du pays et ne pas s'aventurer dans le Nord. Ce n’est pas pour autant que les Occidentaux, à commencer par les Américains et les Français, doivent rester sans rien faire face à la situation dans le nord du Mali. Aide humanitaire pour les réfugiés maliens, aide financière et matérielle aux pays voisins pour tenter de limiter les risques d’une nouvelle extension des foyers de violences, partage de renseignement, opérations spéciales contre les groupes terroristes, plusieurs outils sont disponibles.
Mais pour les Européens et les Africains, si elle peut constituer la première étape d’une opération militaire internationale, une intervention dans le seul Mali méridional ne saurait suffire et présenter une solution satisfaisante face à la situation qui règne dans le septentrion et à ses conséquences pour la région. En cela, le sentiment d’urgence devant les destructions opérées à Tombouctou incite à une action aujourd’hui nécessaire. Dans le même temps cependant, il ne doit pas faire oublier le piège que peuvent constituer une intervention militaire potentiellement dangereuse dans le nord du Mali – et peut-être attendue par certains groupes islamistes – si elle est menée autour d’objectifs flous, avec des moyens inadéquats, sans réel projet politique faisant sens pour le pays ni prise en compte des probables répercussions pour les États voisins. Le fait qu’elle soit menée par des Africains et non des Occidentaux n’y changerait rien, risquant d’accroître par ricochet les tensions dans d’autres espaces de la bande sahélo-saharienne.
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