Mario Draghi est-il en train de se substituer aux gouvernements européens ?
Vendredi, 8 Juin, 2012

Mario Draghi s'est prononcé en faveur d'un fédéralisme politique, d'une union bancaire et d'une supervision bancaire sous instance européenne. Des prises de position qui divisent tant sur la forme que sur le fond... | Par Paul GOLDSCHMIDT, ancien administrateur de Goldman Sachs International et ancien directeur à la Commission européenne (1993-2002), membre de l'Advisory Board de l'Institut Thomas More | Publié sur Atlantico.fr le 8 juin 2012

 

Mario Draghi s'est récemment prononcé en faveur d'un fédéralisme politique, d'une union bancaire, et d'une supervision bancaire sous instance européenne. En formulant de telles propositions, peut-on dire que le président de la BCE fait-il de la politique ? 

Le Président Draghi reste parfaitement dans son rôle en formulant ses propositions. Le lien entre une « Europe Fédérale » comme condition préalable à une « union bancaire » et une « supervision sous instance européenne » est évident. L’affirmation de ce fait par un acteur aussi incontournable qu’ indépendant est le bienvenu et est de nature a faire avancer le débat dans le bon sens.

 

Mario Draghi, en tant que président de la Banque centrale européenne, ne sort-il pas de son mandat ? Peut-il réellement interférer sur le terrain politique ou simplement influencer le débat ?

Le Président Draghi reste parfaitement dans le cadre de son mandat. Il a – à maintes reprises – répété qu’il ne peut transgresser le mandat fixé par le Traité dans les interventions de la BCE. Ce sont, au contraire, certains Etats qui l’y ont encouragé cherchant une échappatoire facile à leur propre prise de responsabilités.

Depuis l’instauration du SMP (achat de titres obligataires souverains) et des deux opérations LTRO (prêts à trois ans aux banques), la BCE a fait preuve d’une flexibilité impressionnante dans l’interprétation de son mandat qui a plusieurs fois sauvé le marché financier de l’implosion. Refuser d’aller au-delà, sans que les politiques ne mouillent leur chemise, paraît à la fois sain et responsable. Prêter directement aux Etats ou toute autre forme d’intervention non conventionnelle doit faire l’objet d’un consensus politique et d’une réforme formelle du mandat de la BCE.

 

Pouvons-nous parler d'un axe Draghi-Merkel en Europe ?

Je ne pense pas qu’il y ait un axe Merkel/Draghi. La position de la Chancelière a été fortement caricaturée alors que ses positions sont restées largement constantes : pas de mutualisation de dette (eurobonds) ou renforcement des mécanismes de sauvetage sans une discipline commune (fédérale). Cela passe entre autres par l’adoption du Traité budgétaire, du respect du Six Pack et Two Pack, et de l’existence de mécanismes de surveillance et de sanctions efficaces et crédibles. 

Ce sont les conditions préalables aux mesures de relance, à la croissance etc. Les Eurobonds seront donc seulement possibles comme aboutissement du processus et non comme un moyen d’y parvenir. Les positions du Président Draghi sont en parfaite cohérence avec ces vues et ont autant plus de poids que lui et son prédécesseur ont poussé les interventions de la BCE jusqu’aux limites duraisonnable en l’absence d’une action déterminée de l’UE qu’on attend (sans trop y croire) pour le sommet du 28/29 juin.

 

Les prises de position de Mario Draghi ne manifestent-elles d'une politique monétaire mise en action selon les vues de la Bundesbank ? 

Non. La flexibilité dont la BCE a fait preuve dans le cadre de son mandat et qui, d’après les rumeurs de presse, a parfois été mise en œuvre malgré l’opposition de la Bundesbank (SMP par exemple) est une preuve d’indépendance. Il n’empêche que sur de nombreux points il y a convergence entre les points de vues du Président Draghi et la Bundesbank.

 

 

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