Communiqué de presse, 9 décembre 2011, Paris-Bruxelles, disponible en anglais et en français.
Le Président Mario Draghi a exprimé, hier à Francfort, l’équilibre nuancé qui doit prévaloir d’une part entre les responsabilités des Autorités Gouvernementales européennes (contrat sur les règles budgétaire et réforme du Traité), et, de l’autre, celles de la BCE (respect du Traité et soumission à ses règles ainsi qu’un support sans faille du secteur bancaire).
Il a agi avec audace exerçant sa part de responsabilité en abaissant le taux de base de la BCE à un niveau historiquement plancher et en offrant un financement illimité à moyen terme au secteur bancaire fragilisé. Acceptant d’agir en tant qu’ « Agent » pour le compte du FESF, il a en outre démontré la disponibilité de la BCE d’offrir une assistance technique au Fond qui manque à la fois d’expérience et de personnel, tout en balisant de manière très claire les limites de son action dans le respect des Traités.
C’est maintenant aux gouvernements de se montrer à la hauteur de leur part de responsabilité. Les résultats de la session de nuit du Sommet Européen peuvent être considérés comme un pas dans la bonne direction, mais – comme l’exprime le proverbe anglais : « la preuve sera faite dans la dégustation », qui s’avérera, en toute probabilité, fort indigeste !
Les marchés auront, peut-être, une réaction initiale neutre voir positive, mais, dès que des partis politiques au sein des 17 Pays membres de l’UEM exprimeront leur opposition (notamment dans les pays où le support de partis eurosceptiques est nécessaire aux gouvernements en place, tels la Hollande ou la Finlande), ou encore que de plus amples réserves s’exprimeront sur les questions de l’intrusion de l’UE en matière budgétaire ou l’automaticité des sanctions, des doutes referont surface quant à la capacité de l’Europe à accoucher d’un accord. Dans ce cas, les marchés recommenceront à tester la volonté politique des décideurs. De nouvelles attaques pourraient, cette fois, être fatales entraînant la perte de contrôle des évènements ainsi qu’un effondrement financier, économique et politique.
La courte accalmie que les marchés offriront éventuellement est d’autant plus fragile qu’aucune réponse crédible n’a été apportée à deux questions fondamentales : Comment concilier l’imposition à court terme d’une austérité budgétaire avec l’impératif de promouvoir la croissance ? Comment démêler la relation incestueuse entre le secteur bancaire et le financement des dettes nationales (en l’absence d’une Union fiscale intégrée) et rétablir la santé du système bancaire ?
Le danger sous-jacent à la première question vient de ce que l’austérité budgétaire limitera la croissance, engendrant encore plus d’austérité (en application des nouvelles règles contraignantes du futur Traité) et qu’un cercle vicieux se mette en place, assurant une longue période de stagnation (dépression ?), scénario qui a de nombreux adeptes parmi les économistes.
Le danger sous-jacent à la seconde question est qu’en se conformant aux règles de capitalisation plus contraignantes (Bâle III+), la réponse soit une diminution d’actifs. Ainsi, au lieu de favoriser l’investissement productif, un resserrement du crédit significatif interviendrait, mettant un terme à tout espoir de croissance.
Quant à l’attitude égoïste et arrogante affichée par David Cameron, il aurait pu facilement obtenir que les nouvelles règles du Traité, concernant l’intrusion budgétaire et les sanctions, ne s’appliquent qu’aux membres de l’UEM, (ce qui était prévu), au lieu de refuser d’appuyer une réforme du Traité de l’Union. Exiger des protections supplémentaires, au bénéfice de la seule Grande-Bretagne, était peut-être un exercice de musculation destinée à sa propre opinion publique mais aura, en fin de compte, seulement servi à isoler d’avantage l’Angleterre car son refus de solidarité européenne est désormais clairement établi. Cela conduira, in fine, à la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE (ce qui sera relativement facile à négocier étant donné sa non appartenance à l’Eurozone) et à sa disparition (avec la City) dans les brumes de la mer du Nord au son du « God save the Queen ».
En conclusion : le jury délibère mais rendra prochainement son verdict.
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